Mentions Légales et CGU : Quelles Obligations Selon Votre Statut Juridique (EI, SAS, SARL) ?
Le guide de conformité que vous auriez dû lire avant de mettre votre site en ligne édition 2026. Pour les créateurs d'entreprise, dirigeants de TPE/PME, freelances et éditeurs de sites qui préfèrent l'ennui d'un footer conforme au frisson d'une amende.
Par : Johan · JohanWebStudio
Mis à jour le : 25 septembre 2026
Temps de lecture : 10 min
Nombre de vues : …
Catégorie : Legal
Sommaire
- Introduction : Pourquoi la conformité juridique de votre site est essentielle
- Mentions Légales (LCEN Article 6-III) : L'identification obligatoire de l'éditeur
- Conditions Générales d'Utilisation (CGU) : Usage, utilité et portée contractuelle
- Les clauses clés à inclure dans vos CGU pour protéger votre activité
- Sanctions encourues et risques en cas de non-conformité
- Checklist récapitulative : Êtes-vous en règle ?
- Sources officielles et textes de référence
1. Introduction : Pourquoi la conformité juridique de votre site est essentielle
Personne ne lit vos mentions légales. Ni vos visiteurs, ni vos prospects, ni vous : vous les avez copiées-collées depuis un générateur gratuit un soir de 2023 et vous n'y avez plus jamais repensé. C'est précisément sur ce désintérêt général que repose leur pouvoir de nuisance.
Un site professionnel, vitrine d'indépendant, blog, plateforme SaaS ou boutique en ligne est, aux yeux de la loi, un service de communication au public en ligne. Traduction : un espace public, encadré, où l'anonymat n'est pas une option et où l'improvisation se facture. La Loi pour la Confiance dans l'Économie Numérique (LCEN n° 2004-575 du 21 juin 2004), le Code de la consommation, le Code de commerce et le RGPD veillent, et aucun des quatre ne pratique l'indulgence.
On vous a vendu les mentions légales et les CGU comme une corvée administrative (et, parfois, ça l'est). Ce sont en réalité trois choses nettement plus intéressantes :
- Un gage de confiance : l'internaute ou le prospect sait immédiatement à qui il s'adresse, et comment vous joindre avant même de vous écrire.
- Un bouclier : des CGU sérieuses limitent votre responsabilité quand le serveur tombe, qu'une maintenance traîne ou qu'un lien externe tourne mal.
- Un cadenas : elles protègent vos articles, vos maquettes, vos visuels et vos marques contre ceux qui confondent "inspiration" et "copier-coller".
L'oubli n'a plus le statut d'étourderie. Il a un tarif : jusqu'à 75 000 € pour un entrepreneur individuel, et une adresse, celle de la DGCCRF ou du tribunal. La suite de ce guide a pour vocation d'essayer le mieux possible de vous éviter d'avoir à goûter à cette amertume.
2. Mentions Légales (LCEN Article 6-III) : L'identification obligatoire de l'éditeur
L'article 6-III de la LCEN pose une règle simple : sur internet, on doit toujours pouvoir savoir qui parle. Concrètement, tout éditeur de site doit tenir à disposition du public, de manière permanente et sans chasse au trésor, un ensemble d'informations permettant de l'identifier (un lien direct dans le pied de page, ou footer, fait l'affaire). Ce que contiennent ces informations, en revanche, dépend directement de ce que vous êtes.
2.1. Distinction selon la forme juridique : EI / Micro-entreprise vs Sociétés (SAS, SARL, EURL)
Une même obligation, deux contenus selon que vous êtes une personne physique ou une personne morale :
| Élément d'information | Personne Physique (EI, Micro-entrepreneur, Profession libérale) | Personne Morale (Société : SAS, SASU, SARL, EURL, SA) |
|---|---|---|
| Identité du responsable | Nom et prénom | Raison sociale / Dénomination sociale |
| Structure juridique | Indication du statut (ex. Entrepreneur Individuel) | Forme juridique (ex. SAS au capital de X €) |
| Adresse | Domicile personnel ou adresse professionnelle | Adresse complète du siège social |
| Capital social | Non applicable | Montant du capital social en euros |
| Immatriculation | Numéro SIREN / SIRET et RNE / RCS | Numéro SIREN / SIRET et RCS (avec ville du greffe) |
| Contact | E-mail valide et numéro de téléphone non surtaxé | E-mail professionnel et téléphone non surtaxé |
2.2. Mentions sectorielles et immatriculations spécifiques
Selon votre secteur, la loi réclame quelques pièces supplémentaires au dossier. En oublier une ne relève pas du détail :
- TVA Intracommunautaire : pour les entreprises assujetties à la TVA, le numéro d'identification individuel à la TVA est obligatoire. À noter : les micro-entrepreneurs bénéficiant de la franchise en base de TVA (art. 293 B du CGI) doivent afficher la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ».
- Activités commerciales ou artisanales : numéro d'inscription au Registre du Commerce et des Sociétés (RCS) ou immatriculation au Registre National des Entreprises (RNE).
- Professions réglementées (avocats, experts-comptables, professionnels de santé...) : titre professionnel, État membre dans lequel il a été octroyé, ordre ou organisme professionnel d'inscription, et référence aux règles professionnelles applicables.
- Activités soumises à autorisation : pour les activités nécessitant un agrément préalable (agences de voyages, débits de boissons, pharmacies...), nom et adresse de l'autorité ayant délivré l'autorisation.
2.3. Le Directeur de la Publication et l'Hébergeur web
Deux rôles doivent apparaître noir sur blanc et l'un des deux engage votre responsabilité pénale, ce qui mérite qu'on s'y attarde un peu :
- Le Directeur de la Publication :
- Pour une personne morale (société), il s'agit de droit du représentant légal (Président de SAS, Gérant de SARL/EURL).
- Pour une entreprise individuelle, il s'agit de l'entrepreneur lui-même.
- Rôle juridique : le Directeur de la Publication est pénalement responsable des contenus éditoriaux diffusés sur le site (notamment en matière de délit de presse, diffamation ou injure).
- L'Hébergeur du site internet :
- Les coordonnées complètes du prestataire qui stocke le site doivent être affichées : dénomination sociale, adresse postale, numéro de téléphone et identifiant SIRET (ou numéro d'immatriculation équivalent si l'hébergeur est étranger).
2.4. Cas dérogatoire de l'anonymat pour les blogs personnels
Une exception existe, et elle ne vous concerne probablement pas. Les personnes physiques éditant un site ou un blog à titre strictement non professionnel peuvent préserver leur anonymat vis-à-vis du grand public : elles ne publient alors que les coordonnées complètes de leur hébergeur. La condition est stricte : il faut avoir transmis leurs véritables éléments d'identification (nom, prénom, adresse, téléphone) à cet hébergeur, tenu au secret professionnel et qui ne les communiquera que sur réquisition judiciaire. Dès qu'une activité professionnelle entre en jeu, cette porte se referme.
3. Conditions Générales d'Utilisation (CGU) : Usage, utilité et portée contractuelle
3.1. Les CGU sont-elles obligatoires ?
Contrairement aux mentions légales et aux Conditions Générales de Vente (CGV), la rédaction de CGU n'est pas une obligation légale systématique. Bonne nouvelle ? À peine.
Dès que votre site fait autre chose qu'afficher du texte figé tel que espace membre, compte utilisateur, formulaire de contact, commentaires de blog, dépôt de contenus, leur publication passe de "facultative" à fortement recommandée. Autrement dit : le jour où un utilisateur peut interagir, l'absence de CGU se transforme en angle mort juridique.
3.2. Différences fondamentales entre CGU, CGV et Politique de Confidentialité
Trois documents, trois rôles. Trois mousquetaires. Les confondre est la meilleure façon de croire qu'on est couvert alors qu'on ne l'est pas :
| Mentions Légales & CGU | Politique de Confidentialité | CGV (B2C ou B2B) |
|---|---|---|
| Règles de navigation, propriété intellectuelle, accès et responsabilité | Traitement des données personnelles & RGPD | Actes de vente / commerce |
| S'adressent à tout visiteur naviguant sur le site | Imposée par les articles 12 et 13 du RGPD : collecte, bases légales, finalités, durées de conservation | Encadrent la transaction : prix TTC/HT, paiement, livraison, rétractation 14 jours, garanties |
- Les Mentions Légales & CGU régissent l'accès et l'utilisation technique et éditoriale du site. Elles concernent tout internaute.
- La Politique de Confidentialité est un document distinct, imposé par le RGPD, décrivant ce que vous faites des données personnelles collectées.
- Les CGV encadrent la relation commerciale entre vendeur et acheteur, en B2C comme en B2B.
3.3. Valeur juridique et opposabilité : comment faire accepter ses CGU ?
Des CGU que personne n'a jamais acceptées ne valent rien devant un juge. Pour qu'une clause soit opposable à un utilisateur, celui-ci doit avoir pu en prendre connaissance et y consentir :
- Site d'information ou blog simple (navigation passive) :
- Un lien permanent en pied de page (footer) suffit à informer les utilisateurs des règles du site. Le contrat repose sur l'adhésion par la navigation.
- Site avec espace membre, forum ou formulaires (utilisation active) :
- Pour donner une véritable force contractuelle aux CGU, il faut une case à cocher obligatoire (jamais pré-cochée) au moment de l'inscription ou de la validation : « J'accepte les Conditions Générales d'Utilisation du site », assortie d'un lien hypertexte ouvrant lesdites CGU.
4. Les clauses clés à inclure dans vos CGU pour protéger votre activité
Des CGU génériques valent à peu près ce qu'elles ont coûté : rien. Pour qu'elles vous protègent réellement, elles doivent être rédigées sur mesure et comporter quelques clauses non négociables.
4.1. Limitation de responsabilité de l'éditeur
C'est la clause qui vous sépare des incidents dont vous n'êtes pas responsable :
- Disponibilité du service : indiquez que vous mettez en œuvre tous les moyens raisonnables pour assurer l'accès au site (obligation de moyens, non de résultat), sans garantir une disponibilité continue ni l'absence totale de bugs ou d'interruptions de maintenance.
- Fiabilité des informations : précisez que les articles et contenus d'information sont fournis à titre indicatif et ne sauraient engager votre responsabilité en cas d'erreur ou d'omission.
- Liens hypertextes sortants : excluez votre responsabilité quant au contenu des sites tiers vers lesquels pointent vos liens.
4.2. Propriété intellectuelle et protection des contenus du blog
Vos créations originales (textes, graphismes, maquettes, logos, code source, photographies) sont protégées par le Code de la propriété intellectuelle et le droit d'auteur. Encore faut-il le rappeler à ceux qui l'oublient volontiers.
Vos CGU doivent stipuler :
- Que toute reproduction, représentation, modification ou adaptation, totale ou partielle, des éléments du site sans autorisation écrite préalable est strictement interdite.
- Que les utilisateurs ne bénéficient que d'un droit de consultation privé et non exclusif.
- Exception de courte citation : les courtes citations restent admises, sous réserve de mentionner clairement le nom de l'auteur et la source.
4.3. Modération des espaces d'échange et commentaires
Si votre blog comporte des commentaires ou un forum, vos CGU doivent fixer les règles du jeu avant que quelqu'un ne les enfreigne :
- Interdiction des contenus illicites : proscrire tout propos injurieux, diffamatoire, raciste, incitant à la haine ou violant les droits de tiers.
- Régime de modération : préciser si la modération est a priori (validation avant publication) ou a posteriori (suppression après signalement).
- Droit de suppression : réserver expressément le droit de supprimer tout commentaire non conforme, sans préavis ni justification.
- Cession de droits sur les contributions : définir si l'utilisateur vous accorde une licence gratuite de diffusion sur le site pour les commentaires qu'il publie.
4.4. Droit applicable et juridiction compétente
- Loi applicable : stipuler expressément que les CGU sont soumises au droit français.
- Règlement des litiges : prévoir une clause de résolution amiable avant toute action en justice.
- Tribunal compétent : désigner les tribunaux compétents (généralement ceux du ressort de votre siège social pour les litiges B2B).
5. Sanctions encourues et risques en cas de non-conformité
Le moment où les métaphores laissent place aux chiffres. Le non-respect des règles d'affichage et d'encadrement juridique expose l'entreprise et son dirigeant à un cumul de sanctions :
| Manquement | Sanction encourue |
|---|---|
| Absence de mentions légales - personne physique (EI) (Article 6-VI de la LCEN) | Jusqu'à 75 000 € d'amende + 1 an d'emprisonnement |
| Absence de mentions légales - personne morale (société) (Article 6-VI de la LCEN) | Jusqu'à 375 000 € d'amende + interdictions d'exercer |
| Plagiat de CGU / mentions légales (copier-coller le texte d'un tiers) | Poursuites pour concurrence déloyale et parasitisme commercial, dommages-intérêts au civil |
| Inopposabilité contractuelle (défaut de case à cocher) | CGU sans valeur juridique : incapacité à sanctionner un abus |
- Défaut ou omission des Mentions Légales LCEN :
- Entrepreneur Individuel / Micro-entrepreneur : jusqu'à 75 000 € d'amende et 1 an d'emprisonnement.
- Société (SAS, SARL, etc.) : jusqu'à 375 000 € d'amende et interdictions d'exercer.
- Plagiat de CGU ou de mentions légales de concurrents :
- Le copier-coller de textes juridiques appartenant à un autre site est qualifié par les tribunaux de concurrence déloyale et de parasitisme commercial. L'auteur s'expose à des dommages-intérêts au civil. (Oui, y compris quand la victime est le générateur gratuit que vous pensiez discret.)
- Inopposabilité des clauses :
- Des CGU mal rédigées, incomplètes ou non acceptées explicitement seront écartées par le juge en cas de litige, vous privant, au pire moment, de toute protection contractuelle.
6. Checklist récapitulative : Êtes-vous en règle ?
Quelques minutes pour savoir si votre site vous protège ou vous expose. Vérifiez honnêtement chaque point :
- Accès permanent : un lien direct vers vos Mentions Légales et CGU figure dans le pied de page (footer) de chaque page.
- Identité claire : nom/prénom ou dénomination sociale, forme juridique, capital social et siège social sont indiqués.
- Identifiants légaux : SIREN/SIRET, ville d'immatriculation au RCS ou RNE, et numéro de TVA intracommunautaire (ou mention de la franchise) sont présents.
- Coordonnées de contact : une adresse e-mail valide et un numéro de téléphone non surtaxé permettent de vous joindre.
- Directeur de la publication : le nom du responsable éditorial ou représentant légal est formellement mentionné.
- Hébergeur web : raison sociale, adresse postale et téléphone de votre hébergeur sont affichés.
- Propriété intellectuelle : une clause protège vos contenus originaux (articles, maquettes, visuels) et encadre leur reproduction.
- Responsabilité & modération : votre responsabilité technique est délimitée et les règles de modération des commentaires sont définies.
- Acceptation formelle : si vous proposez des comptes utilisateurs ou des formulaires interactifs, une case à cocher d'acceptation des CGU est intégrée.
7. Sources officielles et textes de référence
Ne me croyez pas sur parole, croyez les textes. Pour vérifier chaque affirmation de ce guide et consulter les ressources publiées par les autorités :
-
Légifrance - Loi LCEN n° 2004-575 du 21 juin 2004 (Article 6-III)
Texte officiel régissant la responsabilité des éditeurs, des hébergeurs et le contenu obligatoire des mentions légales.
🔗 Consulter l'Article 6-III sur Légifrance -
Service Public Entreprendre - Mentions obligatoires sur un site internet professionnel
Fiche officielle du Ministère de l'Économie détaillant la liste des mentions selon les statuts juridiques.
🔗 Consulter la fiche sur Service-Public.fr -
France Num - Rédiger des conditions générales d'utilisation (CGU) pour son site professionnel
Guide pratique élaboré par la Direction Générale des Entreprises pour accompagner la rédaction des CGU.
🔗 Consulter le guide CGU sur France Num -
France Num - Quelles sont les mentions légales pour un site internet professionnel ?
Synthèse pédagogique sur les obligations d'affichage et les critères de transparence pour TPE et PME.
🔗 Consulter le guide Mentions Légales sur France Num -
CNIL - Les règles à respecter
Conseils et guides pratiques de la CNIL concernant le traitement des données et les droits des internautes.
🔗 Consulter le guide des règles sur le site de la CNIL -
DGCCRF - Commerce électronique et obligations d'information précontractuelle
Fiche d'information de la Répression des Fraudes sur les droits des acheteurs et les obligations des éditeurs web.
🔗 Consulter les fiches pratiques de la DGCCRF
Cet article pose le cadre légal français et européen en vigueur ; il ne remplace pas l'avis d'un avocat spécialisé en droit du numérique pour les situations complexes.